Phishing : les smartphones français dans le viseur des cybercriminels

Les campagnes de phishing envoyées en masse perdent du terrain au profit d’attaques plus élaborées, conçues pour tromper des victimes bien précises. En France, les smartphones sont particulièrement exposés à ces nouvelles méthodes, selon le dernier rapport de KnowBe4. Les cybercriminels exploitent aussi les plateformes d’intelligence artificielle, les services légitimes et les mécanismes d’authentification pour contourner les défenses traditionnelles.
Le phishing évolue, et les réflexes qui permettaient autrefois de repérer facilement un message frauduleux ne suffisent plus toujours. Dans son rapport Phishing Threat Trends, vol. 8, publié le 29 octobre 2026, KnowBe4 décrit un changement dans les méthodes employées par les cybercriminels. Les campagnes envoyées à grande échelle, sans distinction entre les destinataires, cèdent progressivement du terrain face à des attaques plus ciblées, préparées pour inspirer confiance et inciter leurs victimes à communiquer des informations sensibles.
Cette évolution intervient alors même que le volume global de phishing continue d'augmenter. D'après les données recueillies par l'entreprise spécialisée dans la cybersécurité, les attaques ont progressé de 29,8 % en un an. Les organisations reçoivent désormais, en moyenne, un e-mail dangereux pour 733 messages entrants.
Pour établir ce constat, KnowBe4 s'appuie sur les données de sa solution de sécurité des e-mails KnowBe4 Defend, qui traite 1,15 milliard de signaux d'événements par jour. Le rapport met notamment en évidence une progression du spear phishing, une technique qui consiste à personnaliser les messages frauduleux en fonction de leur destinataire, de son activité ou de ses habitudes.
Les smartphones français particulièrement visés par le phishing
Les chiffres concernant la France méritent une attention particulière. Les leurres conçus pour cibler les appareils mobiles représentent 12,8 % des e-mails dangereux observés dans le pays. À l'échelle mondiale, cette proportion atteint seulement 2,7 %. Les messages frauduleux liés aux smartphones sont donc proportionnellement près de cinq fois plus présents dans les données françaises.
Le spear phishing affiche également un niveau élevé dans l'Hexagone. Il représente 11 % des e-mails dangereux recensés en France, contre 4,9 % dans le monde. Cette différence souligne l'importance des attaques personnalisées dans le paysage des menaces auxquelles les organisations françaises sont confrontées.
Les smartphones constituent un terrain favorable à certaines de ces techniques. Sur un écran de petite taille, il est parfois plus difficile de distinguer une adresse Web légitime d'une adresse frauduleuse, de vérifier l'identité réelle de l'expéditeur ou de repérer certains détails suspects dans un message. Les liens peuvent également être moins faciles à examiner avant de les ouvrir.
Les cybercriminels peuvent ainsi exploiter les habitudes quotidiennes des utilisateurs, qu'il s'agisse de consulter leurs e-mails professionnels, de recevoir une notification de livraison ou de se connecter à un service en ligne. Un message qui reprend les codes visuels d'une entreprise connue ou qui semble correspondre à une démarche attendue peut suffire à pousser une victime à cliquer.
Florian Malecki, responsable de l'Europe du Sud chez KnowBe4, souligne que les attaquants adaptent leurs messages aux usages mobiles tout en travaillant davantage à personnaliser leurs approches. Il appelle également les entreprises à ne pas accorder une confiance automatique à un message simplement parce qu'il renvoie vers un service connu.
Les attaques de masse reculent, les méthodes ciblées progressent
Le rapport met en évidence un contraste entre les différentes catégories de phishing. Les campagnes dites « spray and pray », qui consistent à envoyer un grand nombre de messages en espérant qu'une partie des destinataires tombe dans le piège, sont en recul sur la période étudiée.
Les arnaques ciblant les appareils mobiles ont diminué de 47,3 %, tandis que les fraudes 419, fondées notamment sur la promesse de gains ou le versement préalable de frais, ont reculé de 31,3 %. Les leurres liés à des messages manqués, qui cherchent à inciter les destinataires à consulter une notification ou un contenu prétendument en attente, baissent de 11,3 %.
À l'inverse, les méthodes nécessitant davantage de préparation gagnent du terrain. Le spear phishing progresse de 41,1 %, la reconnaissance préalable à l'attaque de 33,7 % et l'usurpation d'identité d'entreprise de 28 %.
Cette reconnaissance préalable permet aux attaquants de recueillir des informations sur leurs cibles avant de passer à l'action. Ils peuvent chercher à connaître leur fonction, leurs relations professionnelles, les outils qu'elles utilisent ou les projets sur lesquels elles travaillent. Ces renseignements servent ensuite à construire des messages plus crédibles, parfois en reprenant le nom d'un collègue, d'un responsable ou d'un prestataire habituel.
Le but n'est donc plus nécessairement de tromper le plus grand nombre possible de personnes. Il s'agit plutôt de convaincre les bonnes cibles, notamment celles qui disposent d'un accès à des données sensibles, à des outils internes ou à des ressources financières.
L'intelligence artificielle accélère la fabrication des pièges
L'intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension à cette évolution. Selon KnowBe4, les cybercriminels exploitent les capacités de l'IA générative et des outils dits agentiques pour transformer l'actualité en leurres de phishing actifs 5,4 fois plus rapidement qu'en 2022.
Une actualité récente, une annonce d'entreprise ou un événement largement relayé peut ainsi servir de prétexte à une campagne frauduleuse. Les attaquants peuvent adapter rapidement leurs messages au contexte, reprendre des éléments d'information connus du public et multiplier les variantes d'un même piège.
Cette rapidité réduit le temps dont disposent les organisations pour identifier une campagne et prévenir les utilisateurs. Un message frauduleux peut apparaître alors que l'événement auquel il fait référence est encore au centre de l'actualité, ce qui renforce sa crédibilité apparente.
Les plateformes d'intelligence artificielle deviennent elles-mêmes des supports pour ces opérations. Le rapport relève que des attaquants hébergent de fausses interfaces de développement, de fausses pages de connexion ou des plateformes de téléchargement directement sur les domaines de services d'IA légitimes.
Cette méthode complique la détection. Lorsqu'un lien renvoie vers une infrastructure connue plutôt que vers un domaine manifestement suspect, les contrôles fondés uniquement sur la réputation des sites peuvent se révéler insuffisants. L'utilisation d'un service légitime ne signifie pas pour autant que le contenu qui y est hébergé est fiable.
Des kits de phishing commerciaux facilitent les attaques
Les cybercriminels ne développent pas systématiquement leurs propres outils. Ils peuvent aussi s'appuyer sur des kits de phishing prêts à l'emploi, qui permettent de mettre en place des campagnes sans devoir construire toute l'infrastructure technique.
Selon le rapport, les attaques reposant sur ces kits ont progressé de 54 %. Elles représentent désormais 29,2 % de l'ensemble des e-mails malveillants entrants observés par KnowBe4.
Le marché de ces outils semble par ailleurs concentré autour de quelques solutions. Trois kits principaux seraient à l'origine de 90,2 % des attaques de phishing utilisant ce type de dispositif, d'après les données publiées par l'entreprise.
Ces kits peuvent simplifier la création de fausses pages de connexion, la collecte des informations saisies par les victimes et le déploiement de campagnes répétitives. Certains dispositifs cherchent également à récupérer des données d'authentification supplémentaires ou à intercepter des sessions déjà ouvertes.
Pour les utilisateurs de smartphones, le risque est particulièrement concret lorsqu'un lien reçu par e-mail ou par messagerie conduit vers une page imitant un service habituel. Une victime peut alors saisir ses identifiants sans remarquer que la procédure de connexion ne se déroule pas sur le véritable site du fournisseur.
Les mots de passe ne sont plus les seules cibles
Les attaques décrites par KnowBe4 ne cherchent plus uniquement à récupérer des mots de passe. Elles visent aussi les mécanismes d'authentification et les autorisations accordées aux applications.
Le rapport mentionne notamment le phishing d'authentification, les connexions par code d'appareil utilisées sur des plateformes comme Microsoft Teams et l'exploitation abusive des consentements OAuth. Ces méthodes peuvent permettre à un attaquant de détourner une session ou d'obtenir des droits d'accès sans avoir nécessairement besoin de connaître le mot de passe de sa victime.
Le principe est différent de celui d'une fraude classique consistant à copier une page de connexion pour récupérer des identifiants. Dans certains cas, l'utilisateur est amené à valider une demande d'accès ou à autoriser une application qui semble légitime. Une fois ces autorisations obtenues, l'attaquant peut chercher à accéder à des données ou à des services auxquels il ne devrait pas avoir accès.
L'enjeu concerne aussi les agents d'intelligence artificielle, qui peuvent disposer d'autorisations pour consulter des informations ou effectuer des opérations au nom de leurs utilisateurs. Si ces accès sont détournés, les conséquences peuvent dépasser la simple compromission d'un compte individuel.
Cette évolution oblige les entreprises à surveiller non seulement les connexions, mais aussi les autorisations accordées aux applications, les sessions actives et les comportements inhabituels sur leurs services.
Les e-mails professionnels restent une cible majeure
Le rapport souligne également le poids du phishing visant les entreprises. La compromission de messagerie professionnelle, souvent désignée par le sigle BEC pour Business Email Compromise, représente 51,2 % des types de phishing recensés dans les données présentées.
Ces attaques consistent notamment à usurper l'identité d'un dirigeant, d'un fournisseur ou d'un collaborateur afin d'obtenir un paiement, de modifier des coordonnées bancaires ou de récupérer des informations confidentielles. Elles peuvent s'appuyer sur un compte réellement compromis ou sur une identité imitée avec suffisamment de précision pour tromper le destinataire.
Les services des ressources humaines, les équipes financières et la direction générale figurent parmi les cibles les plus exposées. Ces fonctions disposent souvent d'informations sensibles ou peuvent être amenées à valider des virements, à transmettre des documents internes ou à gérer des accès.
Le téléphone joue également un rôle dans ces scénarios. Un salarié qui consulte rapidement un message sur son smartphone peut être tenté de répondre à une demande urgente sans prendre le temps de vérifier son origine. Une fausse instruction de virement ou une demande inhabituelle présentée comme prioritaire peut ainsi profiter de la rapidité des échanges professionnels.
KnowBe4 indique par ailleurs que 90,4 % des e-mails de phishing sont reçus du lundi au vendredi. Le lundi concentre à lui seul 20,6 % des messages concernés, au moment où les boîtes de réception sont particulièrement sollicitées après le week-end.
Ce constat rappelle que les campagnes frauduleuses ne reposent pas seulement sur la sophistication technique. Elles exploitent aussi les habitudes de travail, la charge de messages et la pression liée aux demandes urgentes.
Pourquoi les réflexes habituels ne suffisent plus
Pendant longtemps, les conseils de prévention reposaient sur quelques vérifications simples : contrôler l'adresse de l'expéditeur, examiner les liens avant de cliquer et vérifier que la connexion est sécurisée. Ces gestes restent utiles, mais ils ne permettent plus à eux seuls de détecter toutes les tentatives de fraude.
Jack Chapman, vice-président senior du renseignement sur les menaces chez KnowBe4, explique que les attaquants peuvent désormais s'appuyer sur des domaines de confiance et chercher à récupérer des autorisations plutôt que des mots de passe. Ils peuvent également adapter leurs campagnes à l'actualité avec une rapidité accrue.
Pour les utilisateurs de smartphones, la prudence doit donc aller au-delà de l'apparence d'un message. Un logo familier, le nom d'une entreprise connue ou un lien hébergé sur une plateforme reconnue ne constituent pas une garantie suffisante.
En cas de demande inhabituelle, notamment lorsqu'elle concerne un paiement, une connexion ou la transmission d'informations confidentielles, mieux vaut ouvrir directement l'application officielle ou saisir soi-même l'adresse du service dans le navigateur. Pour une demande provenant d'un collègue ou d'un responsable, une vérification par un autre canal permet également de limiter les risques.
Les entreprises ont, de leur côté, intérêt à renforcer l'authentification, à contrôler les autorisations accordées aux applications et à sensibiliser les collaborateurs aux techniques d'ingénierie sociale. La surveillance des sessions et la détection des comportements anormaux prennent également une importance croissante, puisque certaines attaques peuvent contourner les contrôles traditionnels fondés sur les mots de passe.
Les chiffres de KnowBe4 dressent ainsi le portrait d'un phishing qui devient plus sélectif, plus rapide et plus difficile à identifier à première vue. En France, la forte proportion de leurres destinés aux appareils mobiles et le poids du spear phishing montrent que le smartphone est un point de vigilance important. La protection ne peut plus reposer uniquement sur la capacité à reconnaître un lien suspect : elle exige aussi de vérifier les demandes reçues, les accès sollicités et l'identité réelle de ceux qui cherchent à obtenir des informations.
~~~~~~~~
Guides & Comparatifs France Mobiles
- Comparez les mobiles et les forfaits
- Suivez l'actualité en temps réel
- Fiches techniques de milliers de téléphones mobiles
~~~~~~~~
