iPhone et Android en orbite : la NASA autorise les smartphones dans l'espace
Crédit Photo : NASAC’est une décision qui peut sembler anodine sur Terre, mais qui marque un tournant symbolique majeur en orbite. Pour la première fois, la NASA autorise officiellement ses astronautes à emporter des smartphones personnels lors de missions habitées. Dès Crew-12 vers la Station spatiale internationale et à l’occasion d’Artemis II, les équipages pourront glisser dans leurs affaires des iPhone ou des appareils Android récents.
Une petite révolution technologique et culturelle pour une agence longtemps réputée pour son conservatisme matériel.
Du reflex professionnel au smartphone de poche
Jusqu’à présent, la photographie spatiale reposait essentiellement sur du matériel dédié, robuste et soigneusement qualifié. Lors d’Artemis II, le programme prévoyait notamment l’utilisation de reflex Nikon D5 commercialisés en 2016 et de caméras GoPro Hero 4 Black, modifiées pour répondre aux contraintes du vol spatial.
Ces choix peuvent surprendre en 2026, à l’heure où les capteurs mobiles progressent à grande vitesse. Pourtant, ces appareils restent des outils professionnels de premier plan. Le Nikon D5, par exemple, offre des performances en rafale (jusqu’à 12 images par seconde), une gestion des hautes sensibilités et une dynamique que les meilleurs smartphones peinent encore à égaler. Quant aux GoPro adaptées par des partenaires industriels, elles intègrent des firmwares spécifiques, des systèmes de communication modifiés et des optimisations pensées pour le vide spatial.
Sur la Station spatiale internationale, des hybrides plus récents comme le Nikon Z9 ont d’ailleurs été introduits ces dernières années. La logique reste claire : pour les clichés scientifiques, les prises de vue techniques ou les sorties extravéhiculaires (EVA), le matériel professionnel demeure indispensable.
Les smartphones n’ont pas vocation à les remplacer, mais à les compléter.
Un labyrinthe de validation
Si les téléphones intelligents n’avaient jamais été autorisés jusqu’ici, ce n’était pas par défiance technologique pure, mais en raison d’un processus de qualification particulièrement exigeant.
Tout équipement embarqué doit prouver sa résistance aux radiations cosmiques, aux écarts thermiques extrêmes, aux vibrations du décollage et au vide spatial. Les batteries lithium-ion sont scrutées pour éviter tout risque d’emballement thermique. Les matériaux plastiques sont analysés pour prévenir les dégazages susceptibles de contaminer l’atmosphère confinée d’un module habité. Chaque étape donne lieu à des campagnes d’essais, à des rapports volumineux et à des validations successives.
Résultat : le matériel spatial accuse souvent plusieurs années de retard sur l’électronique grand public. Le temps que les certifications soient achevées, les produits ont déjà été remplacés sur Terre par deux ou trois générations supplémentaires.
En autorisant des « derniers smartphones », sans distinction entre iOS et Android, l’administrateur de la NASA, Jared Isaacman, assume de bousculer cette inertie. Sur le réseau X, il a présenté cette évolution comme un moyen de « donner aux équipages les moyens de capturer des moments spéciaux pour leurs familles » tout en accélérant la qualification de technologies modernes pour le vol spatial.
Les missions privées avaient déjà ouvert la voie
Dans les faits, les smartphones avaient déjà voyagé en orbite. Lors de la mission Polaris Dawn en septembre 2024, menée par des acteurs privés, des téléphones avaient été utilisés sans incident notable. Les vols commerciaux d’Axiom Space vers l’ISS ont également démontré qu’un smartphone pouvait fonctionner correctement en microgravité, filmer des séquences spectaculaires et résister aux conditions orbitales.
Bien plus tôt, en 2011, un iPhone 4S avait déjà embarqué à bord d’une mission de la navette STS-135, ultime vol du programme américain. À l’époque, l’expérience relevait davantage du test ponctuel que d’une intégration officielle dans l’équipement standard.
La décision actuelle change d’échelle : le smartphone cesse d’être une curiosité tolérée pour devenir un outil assumé.
Une nouvelle narration de l’espace
Au-delà de l’aspect technique, ce feu vert traduit un changement culturel profond. Le smartphone est devenu l’objet technologique le plus familier de notre quotidien. L’autoriser dans l’environnement spatial rapproche symboliquement les astronautes du public.
Jusqu’ici, la production d’images reposait principalement sur des clichés soigneusement cadrés, réalisés avec des appareils encombrants et nécessitant des manipulations spécifiques. Avec un téléphone, un astronaute pourra saisir sur le vif une expérience scientifique, un moment de détente, la Terre à travers un hublot ou une scène de vie ordinaire à bord de l’ISS.
Il sera sans doute impossible de passer des appels cellulaires classiques depuis l’espace, mais la présence du Wi-Fi à bord de la station ouvre déjà des possibilités de transmission d’images et de vidéos quasi en temps réel.
Moderniser sans renoncer à l’exigence
La NASA ne renonce pas pour autant à ses standards de sécurité. Les smartphones autorisés auront, eux aussi, franchi un processus de validation, même accéléré. L’agence ne s’affranchit pas de la prudence : elle adapte son cadre à une réalité technologique qui a profondément évolué.
En toile de fond, c’est toute la philosophie d’intégration des équipements grand public qui évolue. À mesure que les composants commerciaux gagnent en fiabilité et que l’écosystème spatial s’ouvre aux acteurs privés, l’agence américaine explore un modèle plus agile, capable de tirer parti de l’innovation civile plutôt que de s’en isoler.
Avec Crew-12 et Artemis II, l’image de la Terre et, bientôt, celle de la Lune pourraient être capturées à travers le même type d’écran que celui que nous utilisons chaque jour. Un symbole puissant : la frontière entre technologie spatiale et technologie domestique se réduit.
Dans cette convergence, l’exploration devient un peu plus humaine, un peu plus immédiate et peut-être, pour le grand public, un peu plus proche.