Publié le  par La rédaction

Cybersécurité : l'IA propulse les attaques mobiles à un niveau jamais atteint

Cybersécurité : l'IA propulse les attaques mobiles à un niveau jamais atteint

L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement les usages numériques et les méthodes de travail. Elle est également en train de changer profondément le visage de la cybercriminalité. Sur les smartphones et les tablettes utilisés quotidiennement par les salariés, les attaques gagnent en volume, en crédibilité et en sophistication, tandis que les entreprises semblent encore loin d’avoir adapté leurs défenses à cette nouvelle réalité.

C’est l’un des principaux enseignements du Global Mobile Threat Report 2026 publié le 26 août par Zimperium, à partir notamment des travaux de son équipe de recherche zLabs. Le rapport décrit un paysage de menaces mobiles en pleine accélération, dans lequel l’intelligence artificielle donne aux cybercriminels des moyens supplémentaires pour automatiser leurs campagnes, perfectionner leurs techniques d’approche et exploiter plus rapidement les failles des appareils et des applications.

Le constat dressé par Zimperium est particulièrement préoccupant : certaines menaces que les entreprises pouvaient encore considérer comme des risques à moyen terme sont désormais déjà observables sur le terrain.

Le phishing mobile change d’échelle

Parmi les tendances les plus spectaculaires relevées dans le rapport figure l’explosion du phishing sur les terminaux mobiles professionnels. Les tentatives détectées sur les appareils des employés ont progressé de 380 % depuis janvier 2025.

Dans le même temps, le nombre d’appareils depuis lesquels un utilisateur a effectivement cliqué sur un lien considéré comme malveillant a augmenté de 110 % en 2025 par rapport à l’année précédente. Ces chiffres montrent que la menace ne se limite plus à une multiplication des messages frauduleux : les campagnes semblent également parvenir à toucher davantage d'utilisateurs.

L’intelligence artificielle joue ici un rôle déterminant. Elle permet notamment de produire rapidement des messages plus crédibles, mieux adaptés à leur cible et plus difficiles à distinguer d’une communication légitime.

Selon les données citées par Zimperium, les contenus de phishing générés avec l’aide de l’IA seraient 4,5 fois plus convaincants que ceux produits par des humains. Près de 86 % des attaques de phishing contiendraient désormais des éléments générés par l’intelligence artificielle.

Certaines estimations externes évoquées dans le rapport font même état d’une progression de plus de 1 200 % des campagnes de phishing assistées par l’IA. Même si les méthodes de mesure peuvent différer selon les études, la tendance générale apparaît clairement : l’IA contribue à industrialiser une méthode d’attaque déjà largement utilisée par les cybercriminels.

Le smartphone devient une cible privilégiée

Pendant des années, les entreprises ont consacré une part importante de leurs investissements de cybersécurité aux ordinateurs, aux réseaux, aux serveurs et, plus récemment, aux infrastructures cloud. Les smartphones professionnels ont, eux, souvent occupé une place moins centrale dans les stratégies de protection.

Or, les usages ont profondément changé. Un téléphone professionnel permet aujourd’hui d'accéder aux messageries, aux applications métiers, aux services cloud, aux documents internes et à de nombreuses informations sensibles. Il peut également servir de moyen d’authentification pour accéder à d’autres services.

Cette concentration de données et de fonctions en fait une cible particulièrement intéressante.

Pour Zimperium, le décalage entre l’importance croissante du mobile dans les entreprises et le niveau de protection qui lui est accordé constitue désormais un problème majeur. L’essor de l’IA vient amplifier cette faiblesse en réduisant les compétences et les ressources nécessaires pour lancer des attaques sophistiquées.

Les cybercriminels peuvent ainsi automatiser une partie croissante de leurs opérations, produire davantage de contenus frauduleux et adapter leurs campagnes à un nombre beaucoup plus important de victimes.

Les spywares s’installent sur les appareils professionnels

Le phishing n’est cependant qu’une partie du problème. Le rapport de Zimperium met également en évidence une forte progression des logiciels espions sur les terminaux mobiles professionnels.

Selon l’étude, des spywares seraient désormais présents sur près d’un appareil mobile sur dix, soit une multiplication de plus de quatre par rapport à l’année précédente.

Une telle présence représente un risque important pour les entreprises. Une fois installé sur un appareil compromis, un logiciel espion peut permettre aux attaquants de rechercher des identifiants, de surveiller certaines communications ou encore d’accéder à des informations sensibles.

Le smartphone devient alors beaucoup plus qu’un simple point d’entrée vers une attaque : il peut constituer une source directe de données exploitables.

Dans un environnement professionnel où les salariés utilisent leurs appareils pour consulter des documents confidentiels, communiquer avec leurs collègues ou accéder à des plateformes internes, une compromission peut rapidement dépasser le cadre individuel et toucher l’organisation dans son ensemble.

Le « Shadow AI » prend de l’ampleur

Une autre évolution attire particulièrement l’attention dans le rapport : celle du Shadow AI, c’est-à-dire l’utilisation par les salariés d’outils et de fonctionnalités d’intelligence artificielle sans nécessairement passer par les solutions validées ou contrôlées par l’entreprise.

Zimperium observe une progression spectaculaire de l’adoption d’applications mobiles intégrant des fonctionnalités d’IA. Leur utilisation aurait été multipliée par 14 sur Android et par 7 sur iOS.

Cette tendance ouvre un nouveau front pour les responsables informatiques et les équipes chargées de la cybersécurité.

Le problème ne réside pas uniquement dans l’utilisation de l’intelligence artificielle elle-même. Ces applications peuvent potentiellement avoir accès à certaines données manipulées par les utilisateurs, ce qui soulève des questions de confidentialité, de gouvernance et de conformité.

Un salarié peut, par exemple, utiliser une application d’IA pour résumer un document, analyser des informations ou accélérer une tâche professionnelle sans forcément mesurer les implications liées aux données transmises au service.

Pour les entreprises, le défi consiste donc désormais à savoir quelles applications sont utilisées, quelles informations elles peuvent traiter et dans quelles conditions ces données sont susceptibles d’être exploitées.

Des cybercriminels de plus en plus aidés par l’IA

L'intelligence artificielle ne se contente pas d'améliorer les campagnes de phishing. Elle intervient également dans un nombre croissant de techniques utilisées au cours des attaques.

D’après le rapport, un cybercriminel utilise désormais en moyenne l’IA dans 15 techniques répertoriées par le référentiel MITRE ATT&CK. Certaines campagnes peuvent même intégrer l’IA dans 40 à 50 techniques différentes.

Cette évolution illustre une transformation plus profonde de la cybercriminalité. L’IA permet d’accélérer certaines étapes des attaques, mais aussi d’en multiplier les variantes.

Le coût d’entrée pour certains cybercriminels diminue ainsi tandis que leur capacité à produire des campagnes plus complexes augmente. Des opérations qui auraient auparavant nécessité davantage de temps, de compétences ou de ressources peuvent désormais être partiellement automatisées.

La menace devient donc à la fois plus accessible et plus industrialisée.

Le développement logiciel entre lui aussi dans une zone de risque

L’IA intervient également en amont des attaques, dans la manière dont les applications sont conçues.

Les outils capables de générer du code connaissent une adoption rapide auprès des développeurs. Cette évolution permet d’accélérer considérablement certaines phases de développement, mais elle introduit également de nouveaux risques lorsque le code produit automatiquement n’est pas suffisamment contrôlé.

Zimperium estime ainsi que 25 % des défauts logiciels pourraient être liés à du code généré par l’IA d’ici 2027, contre moins de 1 % en 2023.

Cette progression potentielle ne signifie pas que le recours à l’IA dans le développement constitue en lui-même une vulnérabilité. Le problème se situe davantage dans les contrôles appliqués au code produit et dans la capacité des équipes à identifier puis corriger les failles avant la mise en production.

Le phénomène du « vibe coding », qui consiste notamment à utiliser l’IA pour générer rapidement des portions importantes de code à partir d’instructions en langage naturel, pourrait donc contribuer à accélérer le développement d’applications tout en augmentant le nombre de vulnérabilités si les mécanismes de vérification ne suivent pas.

Pour les applications mobiles professionnelles, l’enjeu est particulièrement important puisque les failles peuvent exposer directement des données ou des fonctionnalités utilisées quotidiennement par les salariés et les clients.

Une course entre les attaquants et les entreprises

Pour Zimperium, l’un des principaux problèmes tient finalement au décalage entre la vitesse d’évolution des menaces et celle des stratégies de défense.

« L’IA a profondément rebattu les cartes de la sécurité mobile », estime Shridhar Mittal, CEO de Zimperium, en soulignant que cette technologie rend les attaques contre les appareils mobiles plus simples à lancer, plus faciles à industrialiser et plus sophistiquées.

Selon lui, les entreprises doivent désormais revoir leur manière d’instaurer la confiance et de se protéger contre les fraudes qui ciblent les appareils et les applications mobiles.

Cette évolution concerne d’ailleurs bien plus que les seuls smartphones fournis aux salariés. Les applications mobiles utilisées par les clients, les services d’authentification, les données stockées sur les terminaux et les échanges avec les infrastructures cloud participent tous à la surface d’exposition d’une organisation.

Le mobile est ainsi devenu un maillon central de l’écosystème numérique des entreprises, alors même qu’il reste, selon Zimperium, l’un des environnements les moins protégés.

La sécurité mobile ne peut plus être traitée à part

Le rapport Global Mobile Threat 2026 dessine finalement un paysage dans lequel l’intelligence artificielle agit comme un accélérateur général des cybermenaces. Elle améliore le phishing, facilite certaines opérations malveillantes, favorise l’apparition de nouveaux logiciels et contribue à modifier la manière dont les applications sont développées.

Face à cette évolution, les entreprises ne peuvent plus considérer le smartphone comme un simple prolongement de l’ordinateur professionnel. Les terminaux mobiles doivent désormais être intégrés au même niveau de réflexion que les réseaux, les postes de travail, les infrastructures cloud et les applications métiers.

La multiplication des usages de l’IA ajoute parallèlement une nouvelle dimension au problème. Il ne s’agit plus seulement de protéger les collaborateurs contre les attaques venant de l’extérieur, mais également de contrôler la manière dont les outils d’intelligence artificielle sont utilisés au sein de l’entreprise.

Entre le phishing dopé à l’IA, les spywares, le Shadow AI et les applications développées avec l’aide d’outils génératifs, les entreprises font face à une surface d’attaque qui évolue beaucoup plus rapidement qu’auparavant.

Le principal enseignement du rapport de Zimperium est donc moins l’arrivée d’une nouvelle catégorie de menaces que l’accélération de l’ensemble du phénomène. L’IA permet aux attaquants d’aller plus vite, de cibler davantage de victimes et de rendre leurs opérations plus crédibles. Pour les entreprises, le défi consiste désormais à faire évoluer leurs dispositifs de sécurité au même rythme.

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