Apple Pay et Google Pay dans le viseur des escrocs : les arnaques qui explosent autour du paiement mobile

Le paiement sans contact via smartphone s’est imposé en quelques années comme un réflexe du quotidien. Dans les transports, les commerces, les achats en ligne ou les échanges entre particuliers, des services comme Apple Pay ou Google Pay séduisent par leur rapidité et leur simplicité. Apple Pay compterait aujourd’hui plusieurs centaines de millions d’utilisateurs à travers le monde et aurait servi à traiter des milliers de milliards de dollars de transactions en 2025.
Cette popularité attire cependant de plus en plus les cybercriminels. Car si les plateformes de paiement mobile reposent sur des mécanismes de sécurité particulièrement robustes, les fraudeurs ont compris qu’il était souvent plus efficace de manipuler les utilisateurs eux-mêmes plutôt que d’attaquer directement la technologie.
Les experts en cybersécurité constatent ainsi une multiplication des escroqueries liées aux paiements mobiles, tandis que la technologie NFC, indispensable au paiement sans contact, devient elle aussi une cible privilégiée. Selon les données d’ESET, les détections de malwares Android exploitant le NFC ont quasiment doublé entre les deux semestres de l’année 2025.
Une technologie sécurisée, mais pas invulnérable
Depuis son lancement, Apple Pay a bâti sa réputation sur la sécurité. Le service s’appuie notamment sur la biométrie, via Face ID ou Touch ID, pour authentifier les paiements. Les données bancaires ne sont pas directement stockées sur l’appareil ou transmises au commerçant grâce à un système de tokenisation, qui remplace les informations sensibles par des identifiants chiffrés temporaires.
Dans les faits, les attaques visant Apple Pay reposent rarement sur une faille technique majeure. Les fraudeurs privilégient plutôt les techniques d’ingénierie sociale : faux messages, appels frauduleux, manipulation psychologique ou arnaques sur les plateformes de vente entre particuliers.
Le but reste toujours le même : récupérer des données bancaires, détourner de l’argent ou prendre le contrôle d’un compte Apple afin d’ajouter une carte bancaire à un autre appareil.
Le phishing reste l’arme numéro un des fraudeurs
L’arnaque la plus répandue demeure le hameçonnage. Les victimes reçoivent un SMS, un e-mail ou un appel prétendument envoyé par Apple, une banque ou un service de livraison. Le message évoque souvent une urgence : compte suspendu, remboursement à confirmer, paiement bloqué ou gain à récupérer.
Le lien transmis redirige vers un faux site imitant parfaitement les interfaces officielles. Une fois les identifiants et coordonnées bancaires saisis, l’utilisateur peut recevoir un véritable code de validation envoyé par sa banque. Si ce code est communiqué au fraudeur, celui-ci peut alors enregistrer la carte bancaire sur son propre portefeuille numérique.
Ce type d’attaque est particulièrement redoutable car il se déroule parfois en temps réel, avec des escrocs capables d’interagir immédiatement avec leur victime afin de contourner les protections de sécurité.
Les places de marché en ligne deviennent un terrain de chasse
Les plateformes de vente entre particuliers sont également devenues un terrain favorable aux arnaques liées à Apple Pay.
Dans un premier scénario, un faux acheteur utilise une carte bancaire volée associée à Apple Pay pour régler un objet souvent coûteux : smartphone, console, ordinateur portable ou appareil photo. Une fois le colis envoyé, le véritable titulaire de la carte conteste le paiement auprès de sa banque. Le vendeur doit alors rembourser la transaction tout en ayant déjà perdu son produit.
Autre technique fréquente : l’arnaque au trop-perçu. L’escroc prétend avoir envoyé une somme supérieure au prix convenu puis demande le remboursement de la différence via Apple Cash, virement ou carte cadeau. Le paiement initial étant frauduleux ou effectué avec une carte volée, la victime perd finalement à la fois l’argent remboursé et l’objet vendu.
Les fraudeurs utilisent aussi la méthode du paiement non sollicité. Une somme inattendue apparaît sur le compte de la victime, suivie d’un message demandant de renvoyer l’argent rapidement. Là encore, le paiement d’origine est frauduleux et finit par être annulé par la banque.
Les faux reçus de paiement piègent de nombreux vendeurs
Parmi les escroqueries les plus efficaces figure également le faux reçu de paiement. L’acheteur envoie une capture d’écran ou un e-mail imitant une confirmation officielle Apple Pay et affirme que les fonds sont temporairement bloqués jusqu’à l’expédition du colis.
Cette technique fonctionne notamment grâce à la pression psychologique et au sentiment d’urgence. Pourtant, Apple Pay ne fonctionne pas avec un système de séquestre. Si l’argent n’apparaît pas réellement sur le compte bancaire ou dans l’application associée, aucun paiement n’a été effectué.
Les spécialistes rappellent qu’une simple capture d’écran ne constitue jamais une preuve fiable de transaction.
Les réseaux Wi-Fi publics, nouvelle porte d’entrée des cybercriminels
Les paiements mobiles exposent aussi les utilisateurs à des risques indirects lorsqu’ils utilisent des réseaux Wi-Fi publics non sécurisés. Dans certains cafés, gares ou aéroports, des pirates mettent en place de faux points d’accès portant des noms similaires aux réseaux officiels.
Une fois connecté, l’utilisateur peut être redirigé vers de fausses pages Apple ou bancaires destinées à récupérer identifiants et mots de passe. Dans certains cas, les cybercriminels tentent également d’intercepter certaines données transitant sur le réseau.
Même si les transactions Apple Pay restent fortement chiffrées, un environnement compromis peut suffire à faciliter une attaque ciblée contre le compte de l’utilisateur.
Les signes qui doivent immédiatement alerter
Certaines situations doivent éveiller les soupçons sans attendre. Les experts en cybersécurité recommandent notamment de se méfier :
- des messages alarmants poussant à agir immédiatement ;
- des appels demandant des codes d’authentification à deux facteurs ;
- des demandes de remboursement via un autre moyen de paiement ;
- des acheteurs qui exigent un envoi rapide avant confirmation du paiement ;
- des contacts non sollicités prétendant représenter Apple ou une banque ;
- des liens reçus par SMS ou e-mail menant vers des pages de connexion inhabituelles.
Ni Apple ni les établissements bancaires ne demandent normalement les codes 2FA transmis par SMS ou notification sécurisée.
Comment réduire les risques au quotidien
Face à la montée de ces fraudes, plusieurs réflexes permettent de limiter considérablement les risques.
La première règle consiste à vérifier systématiquement les paiements directement dans son application bancaire plutôt qu’à se fier à un e-mail ou une capture d’écran. Il est également conseillé d’activer toutes les options de sécurité disponibles sur l’iPhone, notamment la protection contre les appareils volés et les notifications de transaction.
Pour les achats en ligne ou entre particuliers, les cartes bancaires proposant des mécanismes de rétrofacturation offrent une protection supplémentaire en cas de litige.
Les spécialistes recommandent aussi d’éviter les réseaux Wi-Fi publics non sécurisés ou d’utiliser un VPN fourni par un acteur reconnu de la cybersécurité afin de chiffrer les connexions.
Enfin, la prudence reste la meilleure défense : prendre quelques minutes pour vérifier une information ou confirmer un paiement permet souvent d’éviter une fraude coûteuse.
Que faire en cas d’arnaque ?
Lorsqu’une fraude est suspectée, la rapidité de réaction est essentielle. Certaines transactions peuvent encore être annulées si la banque ou le service de paiement est contacté immédiatement.
Il est également recommandé de changer sans attendre les mots de passe associés au compte Apple et aux services bancaires concernés, puis de faire opposition sur les cartes compromises.
Les victimes peuvent enfin signaler l’escroquerie à leur banque, aux plateformes concernées ainsi qu’aux autorités compétentes afin de limiter la propagation de ces fraudes.
Les solutions de paiement mobile ont profondément transformé les usages numériques et simplifié les achats du quotidien. Mais leur succès massif attire désormais des réseaux de fraude toujours plus organisés. Dans cet environnement, la vigilance des utilisateurs reste devenue un maillon essentiel de la sécurité numérique.
