810 millions de femmes encore exclues de l'Internet mobile malgré les progrès du numérique

L’accès à Internet via le téléphone mobile continue de progresser dans une grande partie du monde, mais les femmes demeurent largement sous-représentées parmi les utilisateurs des services numériques dans de nombreux pays en développement. C’est le constat dressé par le dernier rapport de la GSMA, publié le 11 juin 2026, qui met en lumière la persistance d’importantes inégalités entre les hommes et les femmes en matière d’accès à l’Internet mobile.
Selon le rapport Mobile Gender Gap Report 2026, les écarts se sont certes légèrement réduits au cours de l’année 2025, mais le rythme des progrès demeure insuffisant pour combler une fracture numérique qui touche encore des centaines de millions de femmes à travers le monde.
Une fracture numérique qui concerne plus de 800 millions de femmes
Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (PRITI), les femmes restent 12 % moins susceptibles que les hommes d’utiliser l’Internet mobile. Derrière ce pourcentage se cache une réalité considérable : environ 810 millions de femmes ne sont toujours pas connectées à Internet via un téléphone mobile, contre 595 millions d’hommes.
L’écart représente près de 200 millions d’utilisatrices potentielles de moins que leurs homologues masculins. Malgré les efforts engagés depuis plusieurs années par les gouvernements, les opérateurs télécoms et les organisations internationales, l’accès aux outils numériques demeure profondément inégal.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que, dans ces pays, le téléphone mobile constitue souvent le principal, voire l’unique, moyen d’accéder à Internet. L’absence de connexion prive ainsi des millions de femmes d’opportunités éducatives, professionnelles, financières et sociales.
L’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud restent les régions les plus touchées
Le rapport souligne également la forte dimension géographique de cette fracture numérique. Plus des deux tiers des 810 millions de femmes non connectées vivent dans deux régions du monde : l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud.
Ces territoires affichent également les écarts les plus importants entre les hommes et les femmes en matière d’utilisation de l’Internet mobile. L’écart atteint 26 % en Afrique subsaharienne et 25 % en Asie du Sud, des niveaux qui témoignent de difficultés structurelles particulièrement marquées.
Les inégalités sont encore plus visibles lorsque l’on compare les zones rurales et urbaines. Dans de nombreux pays concernés, les écarts entre les sexes sont deux à trois fois plus élevés dans les campagnes que dans les villes. L’éloignement des infrastructures, les niveaux de revenus plus faibles et les normes sociales traditionnelles contribuent à accentuer les disparités.
Le smartphone, premier obstacle vers l’accès au numérique
L’étude révèle que l’une des principales barrières à l’inclusion numérique demeure l’accès aux smartphones eux-mêmes. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, les femmes sont 13 % moins nombreuses que les hommes à posséder un smartphone.
Concrètement, cela représente environ 210 millions de femmes de moins équipées d’un appareil permettant un accès complet aux services numériques.
Le coût des équipements apparaît comme le principal frein. Pour de nombreuses familles, l’achat d’un smartphone représente encore un investissement important. Lorsque les ressources financières sont limitées, les hommes sont souvent prioritaires dans l’accès aux équipements technologiques.
À cette contrainte économique s’ajoutent d’autres obstacles majeurs. Le manque d’alphabétisation, l’insuffisance des compétences numériques et la faible familiarité avec les outils technologiques limitent fortement l’adoption de l’Internet mobile chez les femmes.
Ces difficultés sont souvent renforcées par des facteurs sociaux plus profonds. Dans de nombreux pays, les femmes disposent encore de revenus inférieurs à ceux des hommes, ont un accès plus limité à l’éducation et sont confrontées à des normes culturelles qui restreignent leur utilisation des technologies numériques.
L’intelligence artificielle risque d’accentuer les inégalités
Pour la GSMA, l’émergence rapide des nouvelles technologies, et notamment de l’intelligence artificielle, pourrait accroître encore davantage les écarts existants si des mesures ambitieuses ne sont pas mises en place.
Claire Sibthorpe, responsable de l’inclusion numérique au sein de la GSMA, estime que les progrès enregistrés depuis 2022 restent insuffisants face à l’ampleur du défi.
Selon elle, alors que le monde devient toujours plus numérique, les technologies émergentes risquent de renforcer les inégalités existantes entre les populations déjà connectées et celles qui demeurent exclues des usages numériques.
L’accès à Internet ne constitue plus seulement un outil de communication. Il devient un facteur déterminant pour accéder à l’éducation, à l’emploi, aux services administratifs, aux soins de santé ou encore aux services financiers. Être privé de connexion revient ainsi à être exclu d’une part croissante de l’économie moderne.
Un enjeu économique mondial de 1 300 milliards de dollars
Au-delà des considérations sociales, la réduction de la fracture numérique entre les hommes et les femmes représente également un enjeu économique majeur.
La GSMA estime que combler cet écart dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure pourrait générer jusqu’à 1 300 milliards de dollars supplémentaires de produit intérieur brut entre 2023 et 2030.
L’accès à Internet mobile permet en effet aux femmes de développer des activités économiques, d’accéder à des opportunités professionnelles, de gérer des services financiers numériques ou encore de mieux faire face aux crises économiques, climatiques ou politiques.
Dans de nombreux pays, le téléphone mobile constitue également un levier d’autonomisation, offrant un accès direct à l’information et aux réseaux sociaux, parfois indépendamment des structures traditionnelles de pouvoir.
Les opérateurs télécoms mobilisés pour accélérer l’inclusion numérique
Face à ces enjeux, l’industrie des télécommunications tente d’accélérer ses initiatives en faveur de l’inclusion numérique des femmes.
Plus de cinquante opérateurs mobiles ont rejoint le programme GSMA Connected Women Commitment, une initiative visant à favoriser l’accès des femmes à l’Internet mobile ainsi qu’aux services financiers numériques.
Depuis son lancement en 2016, le programme aurait permis à plus de 90 millions de femmes supplémentaires d’accéder à Internet mobile ou à des solutions de paiement mobile.
Malgré ces avancées, les chiffres publiés cette année rappellent que la fracture numérique reste une réalité pour des centaines de millions de femmes. Alors que la transformation numérique mondiale s’accélère et que l’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les usages quotidiens, la réduction de ces inégalités apparaît plus que jamais comme un enjeu économique, social et technologique majeur pour la prochaine décennie.

