5 GHz, 2 nm, IA : Qualcomm prépare une nouvelle génération de smartphones Android

Qualcomm passe à la vitesse supérieure. À l’occasion du Snapdragon Summit organisé à Maui, à Hawaï, le fabricant américain a officialisé deux nouvelles plateformes mobiles haut de gamme, les Snapdragon 8 Elite Gen 6 et Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6. Présentées comme les nouvelles vitrines technologiques de Qualcomm, elles inaugurent notamment une gravure en 2 nm et misent largement sur l’intelligence artificielle exécutée directement sur le smartphone.
Avec cette nouvelle génération, Qualcomm ne cherche plus seulement à augmenter les performances brutes. Le groupe veut également renforcer les capacités d’IA locales, améliorer le rendu graphique dans les jeux, faire progresser la photographie computationnelle et accélérer encore les communications sans fil. Les deux puces doivent équiper une large sélection de smartphones premium commercialisés à partir de la fin de 2026 et surtout en 2027.
Le 2 nm arrive enfin sur les smartphones Android
Le principal changement se trouve d’abord sous le capot. Les Snapdragon 8 Elite Gen 6 et Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 sont fabriqués avec une gravure en 2 nm. Qualcomm rejoint ainsi une nouvelle étape dans la miniaturisation des processeurs mobiles, après plusieurs générations principalement basées sur le 3 nm.
Cette finesse de gravure doit permettre d'augmenter les performances tout en réduisant la consommation électrique. Qualcomm annonce ainsi une amélioration de l’efficacité énergétique pouvant atteindre 37 % par rapport au Snapdragon 8 Elite Gen 5.
Les deux plateformes utilisent toujours une architecture CPU Qualcomm Oryon, avec huit cœurs au total. Deux cœurs très performants peuvent atteindre une fréquence maximale de 5 GHz, tandis que les six autres cœurs montent jusqu’à 4 GHz. Qualcomm franchit ainsi pour la première fois le seuil symbolique des 5 GHz sur une puce mobile.
Le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 bénéficie toutefois d’une configuration plus poussée. Il dispose notamment de 16 Mo de cache Oryon Flex, qui doit contribuer à maintenir les performances lors des charges de travail les plus importantes.
Jusqu’à 13 % de performances CPU supplémentaires
Sur le terrain des performances, Qualcomm annonce des gains mesurés par rapport à la précédente génération. Le Snapdragon 8 Elite Gen 6 offrirait jusqu’à 10 % de performances CPU supplémentaires, tandis que le modèle Extreme atteindrait jusqu’à 13 % de mieux.
La progression est encore plus visible sur la partie graphique. Qualcomm revendique jusqu’à 35 % de performances GPU supplémentaires pour le Snapdragon 8 Elite Gen 6 et jusqu’à 44 % pour le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6.
Cette dernière version dispose d’un GPU Adreno 850 accompagné de 18 Mo de mémoire Adreno High-Performance Memory. Qualcomm veut notamment exploiter cette puissance supplémentaire pour les jeux mobiles les plus exigeants.
Le constructeur met également en avant une baisse de la consommation du GPU pouvant atteindre 40 % sur le modèle Extreme par rapport à la génération précédente. Le passage au 2 nm doit donc permettre de chercher davantage de puissance sans faire progresser la consommation dans les mêmes proportions.
L’IA devient une composante centrale de la puce
Qualcomm ne présente toutefois pas ses nouveaux Snapdragon comme de simples processeurs plus rapides. L’intelligence artificielle occupe désormais une place centrale dans leur conception.
Le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 introduit notamment l’Adreno Neural Fusion, une technologie qui utilise l’IA directement dans le traitement graphique. Elle doit notamment permettre d’améliorer les images générées et le suréchantillonnage afin d’obtenir davantage de détails sans demander au GPU de calculer chaque élément à pleine résolution.
Cette approche pourrait également modifier le rendu des jeux mobiles. Qualcomm annonce la prise en charge matérielle de plusieurs technologies issues d’Unreal Engine 5, notamment Lumen Global Illumination, MegaLights et Nanite. Le ray tracing matériel doit ainsi pouvoir produire des éclairages et des scènes plus complexes sur les futurs smartphones compatibles.
L’IA intervient aussi directement dans le fonctionnement des jeux. Qualcomm veut utiliser ses capacités de calcul pour améliorer les graphismes tout en limitant l’impact sur l’autonomie. L’objectif est de faire davantage de calculs intelligents directement sur l’appareil plutôt que de dépendre systématiquement du cloud.
Des modèles d’IA de plus de 30 milliards de paramètres en local
La stratégie de Qualcomm va encore plus loin avec le traitement local des modèles d’intelligence artificielle. Le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 dispose d’un NPU Hexagon annoncé comme 35 % plus performant que celui de la génération précédente.
La plateforme bénéficie également de 50 % de mémoire partagée supplémentaire. Qualcomm estime que cette configuration permettra notamment d’exécuter localement des modèles d’IA dépassant les 30 milliards de paramètres.
C’est un changement important pour les smartphones haut de gamme. Les fabricants pourront exploiter davantage de fonctions d’IA sans envoyer systématiquement les données vers des serveurs distants. Cela peut concerner l’assistance personnelle, la génération de contenus, la compréhension du contexte, la traduction ou encore le traitement des photos et des vidéos.
Qualcomm parle désormais d’« IA agentique ». L’idée est de proposer des assistants capables de comprendre davantage le contexte d’utilisation et d’enchaîner plusieurs actions plutôt que de simplement répondre à une question isolée.

La photographie et la vidéo passent elles aussi à l’IA
L’image constitue un autre domaine dans lequel Qualcomm veut accélérer. Les deux nouvelles plateformes intègrent des capacités avancées de traitement photographique et vidéo, tandis que le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 bénéficie de fonctionnalités supplémentaires.
La puce prend notamment en charge le format vidéo professionnel APV, destiné à offrir un niveau de qualité et de flexibilité supérieur pour les créateurs. Qualcomm met également en avant l’Intelligent Pixel Control, un système permettant à l’intelligence artificielle d’analyser plus finement les scènes et de contrôler le traitement des pixels.
Sur le modèle Extreme, la capture vidéo peut atteindre la 8K à 60 images par seconde, tandis que le ralenti en 4K peut monter jusqu’à 240 images par seconde.
L’objectif n’est donc plus seulement de disposer d’un capteur photo doté d’une définition élevée. Le traitement réalisé par le processeur devient déterminant pour améliorer les détails, les couleurs, la dynamique et le rendu général des images.
Le Snapdragon 8 Elite Gen 6 veut démocratiser ces technologies
Qualcomm ne réserve pas toutes ces innovations à son modèle le plus puissant. Le Snapdragon 8 Elite Gen 6 reprend une grande partie de l’architecture de son grand frère.
Il est lui aussi fabriqué en 2 nm et repose sur un CPU Oryon, un GPU Adreno réarchitecturé et un NPU Hexagon de nouvelle génération. La plateforme doit ainsi permettre aux constructeurs de proposer les principales avancées de Qualcomm sur un plus grand nombre de smartphones premium.
Cette stratégie explique aussi le changement de nomenclature. Qualcomm abandonne l’appellation « Pro » qui aurait pu être attendue pour la version la plus puissante. Le fabricant utilise désormais le terme « Extreme », avec le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 au sommet de la gamme.
Qualcomm veut également prendre de l’avance sur Apple
L’arrivée de ces deux puces intervient dans un contexte particulièrement intéressant pour le marché mobile. Qualcomm entend clairement répondre aux dernières avancées réalisées par Apple avec ses propres processeurs.
Les architectures sont toutefois différentes. Qualcomm mise sur huit cœurs Oryon, avec deux cœurs Prime pouvant atteindre 5 GHz et six cœurs Performance jusqu’à 4 GHz. Apple utilise de son côté une architecture à six cœurs sur son A20 Pro.
Les premières mesures communiquées autour de l’appareil de référence Qualcomm donnent une image plus nuancée selon les usages. Dans les tests Geekbench 7 cités dans les données fournies, le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 aurait obtenu 3 636 points en monocœur et 12 349 points en multicœur. À titre de comparaison, les mesures mentionnées pour l’iPhone 18 Pro atteindraient 3 985 points en monocœur et 11 296 points en multicœur.
Ces chiffres restent toutefois à considérer avec prudence. Ils proviennent d’appareils et de conditions de test spécifiques et ne permettent pas à eux seuls de tirer une conclusion générale sur les performances de tous les futurs smartphones équipés de ces puces.
Un modem 5G à près de 15 Gb/s et du Wi-Fi 8
La course aux performances ne se limite pas au CPU et au GPU. Les deux Snapdragon 8 Elite Gen 6 intègrent également le modem Snapdragon X105, capable d’atteindre jusqu’à 14,8 Gb/s en débit 5G théorique selon Qualcomm.
La connectivité sans fil repose par ailleurs sur la plateforme FastConnect 8800, avec la prise en charge du Wi-Fi 8. Cette technologie reste encore très récente et son arrivée dans les smartphones marque surtout une volonté de Qualcomm de préparer les appareils haut de gamme aux prochaines générations de réseaux sans fil.
Les premiers smartphones sont déjà annoncés
Plusieurs fabricants ont déjà annoncé leur intention d’adopter ces nouvelles plateformes. Qualcomm cite notamment Honor, iQOO, Motorola, Nubia, OnePlus, OPPO, REDMI, RedMagic, vivo, Xiaomi et ZTE parmi les marques qui prépareront des smartphones équipés des nouvelles puces.
Des appareils ont même été montrés autour du Snapdragon Summit, notamment les Xiaomi 18 Pro et Xiaomi 18 Pro Max ainsi que le Motorola Signature 27. D’autres smartphones devraient arriver progressivement dans les prochains mois, avec une adoption qui devrait s’accélérer en 2027.
La nouvelle génération Galaxy S de Samsung fait notamment partie des prochains appareils attendus sur ce marché, tandis que Qualcomm devrait également dévoiler d’autres composants destinés aux montres connectées et aux lunettes ou casques.
Avec les Snapdragon 8 Elite Gen 6 et 8 Elite Extreme Gen 6, Qualcomm change donc d’échelle. Le passage au 2 nm constitue une évolution majeure, mais le fabricant cherche surtout à faire de l’intelligence artificielle un élément structurel du smartphone, au même titre que le processeur, le GPU ou la connectivité. Entre calcul local, agents IA, jeux plus sophistiqués et traitement photo toujours plus poussé, cette nouvelle génération donne surtout un aperçu de ce que pourraient devenir les smartphones Android haut de gamme en 2027.

